RedOhm: entretien avec le fondateur d’une équipe de passionnés de robotique

Les membres de l’équipe RedOhm ont un point en commun: la passion de la robotique. Une passion qui a emmené ce groupe bien plus loin que ce qu’aurait pu l’imaginer Hervé Mazelin, son fondateur. Alors que la communauté qui se fédère autour de RedOhm augmente et s’internationalise, échangeons avec Hervé Mazelin sur les projets et les objectifs de cette structure atypique.

L’INTERVIEW

Univrobot: Bonjour Hervé Mazelin et merci de vous prêter à cet interview. Vous êtes le fondateur de RedOhm, d’où cette question: comment vous est venue l’idée de ce concept?

Hervé Mazelin: L’idée n’est pas venue du jour au lendemain. Une succession d’événements m’ont conduit à fonder RedOhm. Vers 2008, la société dans laquelle je travaillais a été touchée par un plan social. Ma vie professionnelle étant loin d’être terminée, j’ai alors décidé de me lancer à mon compte dans le domaine de la domotique. Deux ans plus tard, après des ennuis de santé, j’ai eu envie de concrétiser un rêve d’enfant: construire un robot! Je dois préciser que j’ai été fasciné par la robotique depuis mon plus jeune âge. Ayant travaillé en tant qu’électromécanicien et automaticien plusieurs années je possédais aussi des compétences techniques utiles en robotique. Et c’est ainsi qu’avec un collègue nous nous sommes lancés dans l’aventure en 2010.

Univrobot: Est-ce que vous pouvez nous préciser en quoi consiste RedOhm?

Hervé Mazelin: RedOhm n’est ni une société, ni une association. C’est une structure qui permet à des passionnés de se contacter et d’échanger sur des projets de robotique. Nous avons un local avec du matériel où certains d’entre nous se retrouvent régulièrement mais la plupart des échanges se font via Internet ou le téléphone. On communique avec des personnes que l’on a jamais vues et qui partagent leur expérience avec nous. En quelque sorte, on peut dire que la matière grise est diffuse et qu’on la partage par passion. Ceux qui font partie de l’équipe peuvent accéder à un serveur où sont stockés tous les plans de nos projets. Je trouve vraiment ce principe extraordinaire: notre groupe est né dans un nuage [allusion au Cloud, NDLR]!

RedOhm en août 2014
Une partie de l’équipe RedOhm en août 2014

Univrobot: On peut dire que RedOhm est une plateforme collaborative ouverte.

Hervé Mazelin: Oui, et c’est pourquoi nous avons dès le départ voulu créer des robots open source. Nous nous efforçons de développer des projets différents pouvant fédérer une importante communauté autour de nous. Dans ce but, nous réalisons nos robots avec des actionneurs et du matériel que l’on trouve chez tous les revendeurs. Nous tenons aussi compte des différents budgets des internautes. Nous avons toujours eu pour objectif d’avoir une large communauté qui nous suive parce que les échanges nous enrichissent. Nous profitons du savoir-faire de chacun. C’est ainsi que nous avons fait de grandes avancées sur l’impression 3D, la conception mécanique et le choix de matériel

Univrobot : Comment l’aventure RedOhm a-t-elle commencé?

Hervé Mazelin: Il y a déjà l’acronyme RedOhm. Il s’est construit progressivement: « R » pour robotique, « e » pour électronique, « d » pour domotique et « Ohm » [unité de résistance électrique, NDLR]. C’est en 2010 que le nom de RedOhm est apparu pour la première fois sur Internet. Nous étions alors seulement deux à alimenter notre nouveau site et à construire notre premier robot, que l’on a baptisé Sentinel. On a travaillé sur ce projet pendant 18 mois. Nous avons réalisé la structure de Sentinel en aluminium: c’était un travail fastidieux… Pour produire les différentes pièces du robot nous avons notamment utilisé un tour, une fraiseuse et une plieuse.  Nous avons acquis une imprimante 3D en 2011 et commencé à façonner des pièces, mais uniquement pour la réalisation de la carrosserie de Sentinel. Nous ne maîtrisions pas encore suffisamment la modélisation pour imprimer des pièces fonctionnelles.

Logo RedOhm
Un robot araignée estampillé du logo RedOhm

Univrobot: Qu’est-ce qui a amené d’autres personnes à s’intéresser à votre démarche?

Hervé Mazelin: Dès le début, nous avons régulièrement communiqué via le site de RedOhm sur nos avancées concernant le projet Sentinel. Nous voulions que le robot soit open source et nous savions qu’il fallait du contenu pour faire vivre le site. Nous avons décidé de créer une grande base de données en publiant nos trouvailles, nos tests, nos dessins techniques… Pendant 6 mois nous n’avons eu aucun retour. Nous n’étions que deux, mon collègue spécialisé en dessin 3D et moi orienté plutôt électronique. Puis des personnes ont commencé à nous contacter et à nous épauler pour la mécanique, l’électronique, l’impression 3D. Mais bien qu’intéressés par le projet Sentinel beaucoup d’internautes n’avaient pas le matériel nécessaire pour construire ce robot.

Robot Sentinel
Le robot Sentinel

Univrobot: Comment s’est agrandie votre équipe au fil des années?

Hervé Mazelin: Nous ne sommes pas allés au-devant des gens, ce sont eux qui après s’être intéressés au projet et avoir échangé avec nous ont rejoint notre groupe. Ainsi, un spécialiste de l’informatique a tout d’abord intégré RedOhm. Puis deux autres personnes ont été incorporées à l’équipe: l’une spécialisée en usinage, l’autre réalisant l’assemblage des robots. Plus récemment, deux informaticiens supplémentaires ont renforcé l’équipe dont un ingénieur en intelligence artificielle.

Nous sommes une équipe de passionnés et la passion engendre la persévérance

Après 22 mois d’existence du projet, le noyau de RedOhm était formé. La structure s’est ensuite étoffée. Début 2013, le gros de l’équipe actuelle était réuni. Ceci dit, d’autres rejoignent régulièrement l’aventure. Par exemple, une personne a pris contact avec nous il y a 6 mois. Elle était intéressée par notre projet de construire un robot dénommé Maya. Depuis nous collaborons bien que nous soyons à 800km de distance et nous échangeons des données sans jamais s’être rencontrés. Nous nous téléphonons 4 à 5 fois par semaine. Construisant Maya de son côté, cette personne nous fait part d’améliorations en nous envoyant des informations et des plans. Nous bénéficions de son recul sur le projet. Il y a en tout une bonne douzaine d’internautes qui font un de nos robots chez eux ou qui nous suivent de près.

RedOhm et le robot Maya
Des membres de l’équipe RedOhm en compagnie du robot Maya

Univrobot: Comment est organisée l’équipe de RedOhm?

Hervé Mazelin: Chaque membre du groupe a ses compétences propres. Au départ, nous avions pensé former chacun pour être plus polyvalents mais nous n’avons ni le temps ni les moyens de le faire. Nous avons constaté que le fait que chacun  travaille dans sa spécialité nous permet d’être plus efficaces. Nous sommes complémentaires.

Univrobot: Vous avez évoqué le robot Sentinel. Quels autres projets développez-vous en ce moment?

Hervé Mazelin: Comme je l’ai dit, nous développons plusieurs projets en parallèle qui permettent de fédérer une communauté assez grande et qui nous amènent aussi à travailler sur différentes technologies et d’apprendre. Il y a le projet Sentinel, mais aussi bien d’autres. Ayant une meilleure maîtrise de la partie DAO, nous avons commencé à réalisé un robot life-size imprimé en 3D: Maya. Nous construisons aussi une petite plateforme mobile capable de cartographier un local, le robot Mobi one. Mobi one est doté d’un système de balayage de type LIDAR, de détecteurs de monoxyde de carbone et de gaz. Il envoie ses informations grâce à un circuit de communication sans fil XBee. Il permet ainsi d’inspecter un local et d’identifier un danger (la présence de monoxyde de carbone par exemple) sans qu’un humain soit à l’intérieur. Nous sommes en train de travailler sur une version chenillée pour optimiser son déplacement. Nous développons aussi un robot araignée baptisé Mini Spider et qui est décliné en plusieurs versions: 12 servomoteurs, 12 servomoteurs pattes courtes et 18 servomoteurs. Mobi one et Mini Spider ont l’avantage d’être très peu chers à réaliser.

Vue du robot Mobi one
Le projet Mobi one

Univrobot: Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur le projet Maya?

Hervé Mazelin: Maya sera un robot semi humanoïde de 1,65m de hauteur. Il pourra se déplacer grâce à une plateforme roulante pouvant embarquer deux versions de motorisation: une pour le déplacement en intérieur, l’autre pour l’extérieur avec des roues plus grandes et un couple moteur plus important. Sa vitesse de déplacement se situera entre 5 et 6km/h. Pour des raisons de sécurité, nous avons travaillé sur le freinage du robot et nous avons veillé à ce que la motorisation ne soit pas tributaire du processeur principal. Le déplacement et la sécurité sont gérés par un processeur spécifique qui a la priorité sur tout le reste. Nous avons aussi intégré deux arrêts d’urgence avec coupure physique du circuit électrique et un bouton de reprise permettant de déplacer Maya pour la maintenance. Pour se déplacer sans risque dans son environnement, Maya est doté d’un LIDAR mais aussi de capteurs ultrasoniques et mécaniques sur son pourtour. Maya intègre une caméra qui est active sur 2 mètres et qui permet une interaction visuelle consistant en un suivi et une reconnaissance des visages. Le robot suit du regard la personne avec qui il communique et donne ainsi l’impression d’une certaine intelligence. Il est aussi capable de reconnaissance vocale mais uniquement mono-locuteur en raison du coût. Il peut communiquer avec cinq personnes différentes alternativement en réagissant à des mots déclencheurs.

Univrobot: Modélisation et conception de prototypes, gestion du site… cela doit représenter un investissement en temps considérable.

Hervé Mazelin: Effectivement. Je travaille environ 40h par semaine sur le projet! Le dessinateur industriel y consacre de 20 à 30h hebdomadaires. Beaucoup d’autres membres de l’équipe s’investissent de 10 à 20h par mois.

Univrobot : Est-ce que vous pouvez nous préciser quels types de contenus open source sont disponibles sur votre site?

Hervé Mazelin: Le site a été construit en trois fois avec des thèmes complémentaires. Il y a du coup de nombreuses rubriques. Dans la partie réservée aux robots il y a des informations techniques et des pièces à imprimer en 3D. Pour le robot Maya nous indiquons de façon chronologique notre évolution sur le projet. Chaque samedi, toutes les avancées du projet sont mises en détail sur le site. La partie consacrée au robot Sentinel va être réorganisée elle aussi en étapes. À chaque fois nous partageons notre expérience et nous indiquons ce qui a fonctionné et ce qui a posé problème. Dans la rubrique dédiée au matériel nous détaillons les tests que nous avons effectués et nous précisons comment installer différents composants. Cela répond à un constat: le gros problème pour n’importe quelle personne engagée dans un projet de robotique est d’obtenir les informations qui manquent sur le matériel pour finaliser son prototype. Nos conseils concernent aussi du matériel non professionnel et accessible.

Mini Spider 12 servomoteurs
Vue détaillée du Mini Spider 12 servomoteurs avec pattes courtes

Univrobot : Il y a aussi des tutoriels.

Hervé Mazelin: Des néophytes évoquaient régulièrement des soucis sur des problèmes simples. De là nous est venue l’idée des tutoriels. Nous avons posté des informations permettant de régler ces problèmes simples au fur et à mesure que l’on nous posait des questions. Cela toujours avec l’objectif de ne négliger personne pour avoir la plus grande communauté possible.

Univrobot: Vous êtes aussi présents sur les réseaux sociaux.

Hervé Mazelin: Oui, sur Facebook et Twitter notamment. C’est grâce à des amis qui s’intéressent à nos projets et qui ne sont pas forcément des techniciens. Ainsi une personne qui suit notre site alimente notre compte Twitter. Une autre personne est en train de nous créer un compte Instagram. Elles adaptent les contenus du site aux médias utilisés.

Univrobot: Quelle évolution envisagez-vous pour RedOhm?

Hervé Mazelin: On aimerait finaliser le projet Maya et nous faire remarquer en raison de la qualité de notre travail. L’idéal serait de devenir une association et d’avoir un sponsor. Pour continuer à progresser nous aurons besoin d’une aide financière. Ce ne sont ni le développement software ni l’impression 3D qui nous coûtent cher: ils représentent simplement des heures de travail. Ce sont les composants et notamment la motorisation qui représentent un budget conséquent.

Univrobot: Quels arguments présenteriez-vous à un sponsor pour qu’il soutienne vos projets?

Hervé Mazelin: Le mot qui qualifie le mieux RedOhm est la persévérance. Nous sommes une équipe de passionnés et la passion engendre la persévérance. Comme nous sommes persévérants, nous travaillons jusqu’à obtenir le fonctionnement voulu.

Univrobot: Merci beaucoup pour ce partage d’informations et bonne continuation à toute l’équipe de RedOhm!

POUR EN SAVOIR PLUS SUR REDOHM

Voici le site internet de RedOhm: http://www.redohm.fr/

Cyril Mottet

©univrobot

Crédits photos: RedOhm avec son aimable autorisation

Crédit vidéo: RedOhm avec son aimable autorisation

Dernière mise à jour: 20 novembre 2017

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s